Vendredi 15 janvier 2010

On va un peu lâcher les Jane Austen avant que ça ne devienne complètement pathologique pour parler de deux ou trois autres bouquins. Celui du jour, c’est d’une écrivaine dont j’ai déjà beaucoup parlé ici (et pourtant y a pas de challenge à relever): Virginia Woolf.

Si j’ai du mal à comprendre ses romans et parfois à les aimer (j’ai encore en tête l’échec des Vagues…), s’il me faut me concentrer pour suivre le fil de sa pensée toujours en mouvement, ce n’est pas le cas de ses livres sur la lecture, l’écriture ou le féminisme. J’ai dévoré et adoré Une chambre à soi et Trois guinées ; il était donc attendu que L’art du roman soit au menu…

Là encore, c’est un recueil d’articles et de conférences réalisés par M’dame Woolf. En vrac, on peut lire ses méditations sur « ce qui frappe un contemporain », « le roman moderne », « les femmes et le roman », « comment lire un livre » et d’autres encore. Pas d’ordre, si ce n’est celui qu’on veut! Ces articles, ces conférences, sont autant de perles à enfiler l’une après l’autre.
Chacune de ces perles est l’occasion d’une rencontre avec elle. Elle s’adresse à nous lecteur, comme en tête à tête, pour nous faire partager sa passion de la lecture, ses impressions de tel ou tel roman, mais aussi de la littérature de son temps. Ses outils? Les livres qu’elle lit, les auteurs qu’elle aime, ainsi que de jolies métaphores, un grain d’humour, un zeste d’érudition et parfois des interrogations personnelles sur la traduction ou la place des femmes écrivains.

Pour la route, je vous offre deux extraits. Le premier à propos du choix du roman par les femmes écrivains, et le second à propos de l’inspiration du poète en 1931. Enjoy…

Le roman était, comme il l’est toujours, ce qu’il y avait de plus facile à écrire pour une femme. Et il n’est pas difficile d’en trouver la raison. Le roman est la forme d’art qui exige le moins de concentration. Un roman peut être pris ou laissé plus aisément qu’une pièce de théâtre ou un poème. George Eliot abandonnait son travail pour soigner son père. Charlotte Brontë posait sa plume pour enlever les yeux des pommes de terre. D’autre part, vivant dans la salle commune, entourée de gens, une femme était exercée à l’observation et à l’analyse des caractères. Elle était préparée à être une romancière, non un poète.
— Les femmes et le roman

Bien que vous soyez seul, bien que vous ayez enlevé un soulier et vous apprêtiez à délacer l’autre, vous ne pouvez pas continuer à vous déshabiller, il vous faut immédiatement écrire, à l’incitation de la danse. Vous saisissez plume et papier, vous prenez à peine le soin de bien tenir l’une et de mettre l’autre droit. Et tandis que vous écrivez, tandis que vous captez les premières mesures de la danse, je me retire un peu et je regarde par la fenêtre. Une femme passe, puis un homme ; une auto freine et puis… mais il n’est pas besoin de dire ce que je vois par la fenêtre, et d’ailleurs je n’en ai pas le temps car je suis soudain tirée de mon poste d’observation par un cri de rage ou de désespoir. Votre feuille est roulée en boule, votre plume se tient toute droite par la pointe sur le tapis. S’il y avait un chat à lancer ou une épouse à tuer, ce serait le moment. C’est du moins ce que j’induis de la férocité de votre expressions. Vous êtes bouleversé, écorché, complètement furieux. Et s’il me faut en deviner la raison, je dirai que le rythme qui battait en vous avec une force qui vous faisait vibrer de la tête aux talons a rencontré quelque objet dur et hostile sur lequel il s’est brisé en morceaux. Quelque chose s’y est introduit qui ne peut pas être réduit en poésie ; [...]
— Lettre à un jeune poète

C’était:

Virginia Woolf, L’art du roman
Articles publiés pour la première fois entre 1910 et 1940
Recueil publié en français pour la première fois en 1979.
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2 pépiements égaient le village


  1. coluchette

    Bon, alors je m’y attelle :) 2010 sera wo wo woolf!

    Vendredi 15 janvier 2010 à 21:48


  2. Meya

    Alors tu as bien commencé à wo wo woolfer?
    Sinon je te bombarde avec ses romans ;)

    Vendredi 29 janvier 2010 à 17:54

Quelques trilles ?


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