Mardi 26 janvier 2010

L’an passé, j’avais offert Miss Charity à ma mère. Pourquoi? Plusieurs raisons: c’était de Marie-Aude Murail, qu’on aimait bien quand j’étais petite ; les critiques1 portaient ce livre aux nues ; c’était pour tous les âges ; et surtout, surtout le livre était si joli!
Mais voilà, je n’avais pas eu le temps de le lire et j’en avais bien envie pourtant2. A Noël, j’ai donc fait mes yeux de Bambi et demandé d’une voix tremblante si je pouvais l’emprunter pour en connaître la teneur. Je l’ai ensuite emporté dans ma tanière et, un soir, je l’ai ouvert. Je n’en suis plus ressortie avant la dernière page! Il était 2h du matin quand j’ai fini…

Donc bien fatiguée mais bienheureuse, voici mon impression de ce beau roman-là: une pure merveille! Marie-Aude Murail a fait un travail d’orfèvre en racontant l’histoire de Miss Charity Tiddler par ses yeux d’enfant de cinq ans devenant progressivement une femme adulte. Elle est née dans la seconde moitié du XIXème siècle dans l’Angleterre victorienne encore engoncée dans ses règles, sa froideur et sa morbidité: pas la période la plus heureuse que puisse connaître un enfant… Mais les années passent et elle participe à sa manière aux changements d’ère, de mentalités et de moeurs: l’époque édouardienne arrive.

Qui est-elle? Son histoire s’inspire fortement de celle de Beatrix Potter. Mais si, vous avez certainement croisé l’une ou l’autre de ses oeuvres… Peter Rabbit, par exemple! Elle est la créatrice d’une ménagerie enchanteresse, un peu comme celle des fables de la Fontaine, mais en plus gai, plus attachant. Par contre, celle décrite ici grandira entourée de personnages fictifs, mais aussi réels: elle croisera ainsi Oscar Wilde, héhé…
Peu importe si Marie-Aude Murail n’a pas réalisé une biographie fidèle de Beatrix Potter. Pour le reste, c’est tout à fait ça: la façon de voir les choses, la façon de vivre, la façon d’éduquer les enfants, la façon de payer une femme auteur, la façon de fréquenter les musées… On entre vraiment dans le XIXème siècle finissant avec sa charmante Miss Charity Tiddler. On sent bien que l’auteur est fan de cette époque, mais aussi fan de la littérature anglaise: il n’y a qu’à voir les noms des personnages secondaires! Une famille Bertram par ici, tirée des romans de Jane Austen ; une Mrs Gaskell de passage par hasard ; des clins d’oeil à Jane Eyre, etc. Ajoutons à cela de l’humour, de la tendresse, de la souffrance, de la colère… Ca foisonne, c’est plein de vie!

Ma foi, que dire d’autre? C’est de la belle ouvrage, et c’est pas que pour les enfants! Comment, vous ne l’avez pas lu? Roooh, foncez! Vous ne le regretterez pas!
Pour vous allécher, un petit extrait:

Une fois dans ma chambre, je fis un tour complet sur moi-même, cherchant où enfermer ma prise. La maison de poupée? Le tiroir de la commode? Non, là! Dans un carton à chapeau vide. Je déposai la petite bête tout au fond et je pus enfin la regarder. Avec son fin museau pointu, ses minuscules pattes tremblotantes et ses deux yeux comme deux grains de café luisants, elle me parut vraiment charmante. Seule sa queue annelée, aussi longue que son corps, me posait quelque problème. Et comment s’adresser à elle? Ne vivant qu’avec des grandes personnes, je n’avais aucune idée de la façon dont on doit parler aux animaux.

MOI

Bonjour, je suis Charity Tiddler. J’espère que vous allez bien. je suis très contente de vous connaître.

UNE VOIX DERRIERE MOI

A qui parlez-vous?


Tabitha avait congé le dimanche, mais elle venait de rentrer.


MOI

Je ne sais pas son nom. C’est une souris, je crois.

C’était:

Marie-Aude Murail, Miss Charity
Publié pour la première fois par l’Ecole des Loisirs en 2008

  1. sur les blogs, hein! Je les lis pas dans les journaux, ceux-là sont pas convaincants je trouve.
  2. qui n’en aurait pas envie en le voyant?

Quelques trilles ?


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