Vendredi 19 février 2010

Autant vous prévenir tout de suite: je vais encore un peu vous causer de ma mère. J’y peux rien si en ce moment mes lectures sont souvent liées aux siennes. En l’occurrence, à son anniversaire elle a eu un livre que j’avais suggéré, connaissant son goût pour les romans épistolaires. Je parle de 84 Charing Cross Road, par Helene Hanff. Je ne l’ai jamais lu, mais j’ai eu du bol: elle a adoré! Et mon père aussi d’ailleurs. Du coup, je le lirai à mon prochain passage au nid… C’est pas que je m’en plaigne, vous savez!

L’autre jour donc, en cherchant un livre pour mes études, j’ai vu sur les tables un autre livre de cette dame. Et que croyez-vous que j’ai fait? Ben, je l’ai pris! Et je l’ai dévoré dans la foulée. Et je l’ai ensuite envoyé à mes parents. Il faut bien les nourrir…

La duchesse de Bloomsbury Street est, en quelque sorte, une suite au roman dont j’ai parlé plus tôt. En 1971, Helene Hanff a pris les premières vacances de sa vie: elle est partie en Angleterre pendant 1 mois à l’occasion de la sortie de son livre, 84 Charing Cross Road. Vous pensez bien qu’elle se sentait plus de joie, elle qui était anglophile et bibliomane! On lui a conseillé de tenir un journal, pour se souvenir de tout cela… Ce qu’elle a fait, avec bagout!
Dans ce journal, on ne rencontre pas les mêmes personnages que dans 84: c’est suite à la mort de l’interlocuteur principal d’Helene Hanff que ce livre a été publié et que le voyage à Londres a été organisé. Elle rencontre cependant sa veuve, des amis américains et des fans parfois assez peu orthodoxes: ils sont anglicans, c’est normal.

Ca ne m’a pas fait tordre de rire, ça n’a pas été écrit pour. Mais ça m’a amusée, intéressé, fait sourire, donné envie… Eh oui, moi aussi je suis bibliophile et anglomane (ou est-ce l’inverse?): les éplucheurs de patate m’ont donné envie d’aller à Guernesey (quand je pense qu’il y a quelques années, avec une de mes amies, on a essayé deux fois de se planifier un voyage là-bas… sans succès!) ; la duchesse, elle, me redonne envie de voir Londres, et ce pendant plus d’une semaine… En plus, je trouve plein de bonnes adresses sur Londres depuis l’an passé! Et puis je voudrais visiter l’Ecosse et l’Irlande et retourner à Barcelone (pas de rapport, non)…
Mais bref, passons, là n’est pas le sujet. Lisez-le, c’est pas si long et c’est bien sympa!

C’était:

Helene Hanff, La duchesse de Bloomsbury Street
Première publication en anglais en 1973

Mardi 9 février 2010

Il y a quelques semaines, ma mère (oui, encore elle!) avait emprunté le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates à la bibliothèque. Après l’avoir lu, elle m’en a un peu causé. Au vu de ma réaction, elle me l’a gardé au chaud: ça tombait bien, j’arrivais quelques jours plus tard! Elle n’a pas eu d’amende par ma faute, ouf.
Bref, sitôt arrivée, des épluchures de patates au menu! (bon d’abord j’ai mangé chinois)(non, pas de rapport)

Je ne l’avais pas lu plus tôt, légèrement refroidie par les avis divergents: soit on adorait, soit on détestait, semblait-il. Et je n’aime pas trop détester les livres, alors ça m’a un peu inquiétée… Mais ce n’était pas la peine d’en faire tant de cas. C’est un bon livre, agréable et plein d’humour mais aussi de gravité. Bien sûr, certaines cordes sont un peu trop visibles, surtout à la fin, mais l’ensemble est bien attachant!

Charles Lamb m’a fait rire pendant l’Occupation, surtout son passage sur le cochon rôti. Le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey est né à cause d’un cochon rôti que nous avons dû cacher aux soldats allemands – raison pour laquelle je me sens une affinité particulière avec Mr. Lamb.

Mais ça parle de quoi? Du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Guernesey, bien sûr, mais aussi d’une femme écrivain qui commence à être reconnue en Angleterre pour ses chroniques de la vie londonienne sous les bombes, de ses amis, de la vie à Londres après la seconde Guerre mondiale, mais surtout de la vie sur l’île de Guernesey pendant ladite guerre. Et tout cela est raconté sous forme de lettres des uns aux autres. On finit par les découvrir petit à petit, à apprécier ou détester certains personnages, à s’émouvoir sur leurs vécus…

je vous ai déjà donné un extrait très court plus haut, en voici un autre pour finir de vous allécher:

Merci d’avoir suivi la trace de Markham V. Reynolds Jr. Jusqu’ici, ses flatteries sont exclusivement florales, et je vous demeure fidèle à toi et à l’Empire. Néanmoins, j’éprouve de la compassion pour ta secrétaire. Je ne suis pas certaine que mes scrupules sauraient résister à la vue de chaussures cousues main. J’espère qu’il lui a envoyé des roses pour sa peine. Si je le rencontre un jour, je prendrai soin de ne pas regarder ses pieds, ou je m’attacherai à un mât avant d’y jeter un petit coup d’oeil, comme Ulysse.
Sois béni de m’avoir demandé de rentrer. Je suis impatiente d’en apprendre davantage sur la proposition du Times. Peux-tu me jurer sur la tête de Sophie qu’il ne s’agit pas d’un sujet frivole? Ils ne vont pas me demander d’écrire la louange de la duchesse de Windsor, dis?

Affectueusement,
Juliet

C’était:

Mary-Ann Shaffer et Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
publié pour la première fois en 2008.

Mardi 26 janvier 2010

L’an passé, j’avais offert Miss Charity à ma mère. Pourquoi? Plusieurs raisons: c’était de Marie-Aude Murail, qu’on aimait bien quand j’étais petite ; les critiques1 portaient ce livre aux nues ; c’était pour tous les âges ; et surtout, surtout le livre était si joli!
Mais voilà, je n’avais pas eu le temps de le lire et j’en avais bien envie pourtant2. A Noël, j’ai donc fait mes yeux de Bambi et demandé d’une voix tremblante si je pouvais l’emprunter pour en connaître la teneur. Je l’ai ensuite emporté dans ma tanière et, un soir, je l’ai ouvert. Je n’en suis plus ressortie avant la dernière page! Il était 2h du matin quand j’ai fini…

Donc bien fatiguée mais bienheureuse, voici mon impression de ce beau roman-là: une pure merveille! Marie-Aude Murail a fait un travail d’orfèvre en racontant l’histoire de Miss Charity Tiddler par ses yeux d’enfant de cinq ans devenant progressivement une femme adulte. Elle est née dans la seconde moitié du XIXème siècle dans l’Angleterre victorienne encore engoncée dans ses règles, sa froideur et sa morbidité: pas la période la plus heureuse que puisse connaître un enfant… Mais les années passent et elle participe à sa manière aux changements d’ère, de mentalités et de moeurs: l’époque édouardienne arrive.

Qui est-elle? Son histoire s’inspire fortement de celle de Beatrix Potter. Mais si, vous avez certainement croisé l’une ou l’autre de ses oeuvres… Peter Rabbit, par exemple! Elle est la créatrice d’une ménagerie enchanteresse, un peu comme celle des fables de la Fontaine, mais en plus gai, plus attachant. Par contre, celle décrite ici grandira entourée de personnages fictifs, mais aussi réels: elle croisera ainsi Oscar Wilde, héhé…
Peu importe si Marie-Aude Murail n’a pas réalisé une biographie fidèle de Beatrix Potter. Pour le reste, c’est tout à fait ça: la façon de voir les choses, la façon de vivre, la façon d’éduquer les enfants, la façon de payer une femme auteur, la façon de fréquenter les musées… On entre vraiment dans le XIXème siècle finissant avec sa charmante Miss Charity Tiddler. On sent bien que l’auteur est fan de cette époque, mais aussi fan de la littérature anglaise: il n’y a qu’à voir les noms des personnages secondaires! Une famille Bertram par ici, tirée des romans de Jane Austen ; une Mrs Gaskell de passage par hasard ; des clins d’oeil à Jane Eyre, etc. Ajoutons à cela de l’humour, de la tendresse, de la souffrance, de la colère… Ca foisonne, c’est plein de vie!

Ma foi, que dire d’autre? C’est de la belle ouvrage, et c’est pas que pour les enfants! Comment, vous ne l’avez pas lu? Roooh, foncez! Vous ne le regretterez pas!
Pour vous allécher, un petit extrait:

Une fois dans ma chambre, je fis un tour complet sur moi-même, cherchant où enfermer ma prise. La maison de poupée? Le tiroir de la commode? Non, là! Dans un carton à chapeau vide. Je déposai la petite bête tout au fond et je pus enfin la regarder. Avec son fin museau pointu, ses minuscules pattes tremblotantes et ses deux yeux comme deux grains de café luisants, elle me parut vraiment charmante. Seule sa queue annelée, aussi longue que son corps, me posait quelque problème. Et comment s’adresser à elle? Ne vivant qu’avec des grandes personnes, je n’avais aucune idée de la façon dont on doit parler aux animaux.

MOI

Bonjour, je suis Charity Tiddler. J’espère que vous allez bien. je suis très contente de vous connaître.

UNE VOIX DERRIERE MOI

A qui parlez-vous?


Tabitha avait congé le dimanche, mais elle venait de rentrer.


MOI

Je ne sais pas son nom. C’est une souris, je crois.

C’était:

Marie-Aude Murail, Miss Charity
Publié pour la première fois par l’Ecole des Loisirs en 2008

  1. sur les blogs, hein! Je les lis pas dans les journaux, ceux-là sont pas convaincants je trouve.
  2. qui n’en aurait pas envie en le voyant?

Vendredi 15 janvier 2010

On va un peu lâcher les Jane Austen avant que ça ne devienne complètement pathologique pour parler de deux ou trois autres bouquins. Celui du jour, c’est d’une écrivaine dont j’ai déjà beaucoup parlé ici (et pourtant y a pas de challenge à relever): Virginia Woolf.

Si j’ai du mal à comprendre ses romans et parfois à les aimer (j’ai encore en tête l’échec des Vagues…), s’il me faut me concentrer pour suivre le fil de sa pensée toujours en mouvement, ce n’est pas le cas de ses livres sur la lecture, l’écriture ou le féminisme. J’ai dévoré et adoré Une chambre à soi et Trois guinées ; il était donc attendu que L’art du roman soit au menu…

Là encore, c’est un recueil d’articles et de conférences réalisés par M’dame Woolf. En vrac, on peut lire ses méditations sur « ce qui frappe un contemporain », « le roman moderne », « les femmes et le roman », « comment lire un livre » et d’autres encore. Pas d’ordre, si ce n’est celui qu’on veut! Ces articles, ces conférences, sont autant de perles à enfiler l’une après l’autre.
Chacune de ces perles est l’occasion d’une rencontre avec elle. Elle s’adresse à nous lecteur, comme en tête à tête, pour nous faire partager sa passion de la lecture, ses impressions de tel ou tel roman, mais aussi de la littérature de son temps. Ses outils? Les livres qu’elle lit, les auteurs qu’elle aime, ainsi que de jolies métaphores, un grain d’humour, un zeste d’érudition et parfois des interrogations personnelles sur la traduction ou la place des femmes écrivains.

Pour la route, je vous offre deux extraits. Le premier à propos du choix du roman par les femmes écrivains, et le second à propos de l’inspiration du poète en 1931. Enjoy…

Le roman était, comme il l’est toujours, ce qu’il y avait de plus facile à écrire pour une femme. Et il n’est pas difficile d’en trouver la raison. Le roman est la forme d’art qui exige le moins de concentration. Un roman peut être pris ou laissé plus aisément qu’une pièce de théâtre ou un poème. George Eliot abandonnait son travail pour soigner son père. Charlotte Brontë posait sa plume pour enlever les yeux des pommes de terre. D’autre part, vivant dans la salle commune, entourée de gens, une femme était exercée à l’observation et à l’analyse des caractères. Elle était préparée à être une romancière, non un poète.
— Les femmes et le roman

Bien que vous soyez seul, bien que vous ayez enlevé un soulier et vous apprêtiez à délacer l’autre, vous ne pouvez pas continuer à vous déshabiller, il vous faut immédiatement écrire, à l’incitation de la danse. Vous saisissez plume et papier, vous prenez à peine le soin de bien tenir l’une et de mettre l’autre droit. Et tandis que vous écrivez, tandis que vous captez les premières mesures de la danse, je me retire un peu et je regarde par la fenêtre. Une femme passe, puis un homme ; une auto freine et puis… mais il n’est pas besoin de dire ce que je vois par la fenêtre, et d’ailleurs je n’en ai pas le temps car je suis soudain tirée de mon poste d’observation par un cri de rage ou de désespoir. Votre feuille est roulée en boule, votre plume se tient toute droite par la pointe sur le tapis. S’il y avait un chat à lancer ou une épouse à tuer, ce serait le moment. C’est du moins ce que j’induis de la férocité de votre expressions. Vous êtes bouleversé, écorché, complètement furieux. Et s’il me faut en deviner la raison, je dirai que le rythme qui battait en vous avec une force qui vous faisait vibrer de la tête aux talons a rencontré quelque objet dur et hostile sur lequel il s’est brisé en morceaux. Quelque chose s’y est introduit qui ne peut pas être réduit en poésie ; [...]
— Lettre à un jeune poète

C’était:

Virginia Woolf, L’art du roman
Articles publiés pour la première fois entre 1910 et 1940
Recueil publié en français pour la première fois en 1979.

Lundi 11 janvier 2010

Premier livre fini de l’année: encore un truc dans le cadre du challenge JA2009, voui… Mais c’est la faute à Emjy qui m’a bien alléchée avec sa critique!
Et à la lecture aussi j’ai beaucoup aimé. Une présentation originale, mais pas trop compliquée ; de la passion, mais pas jusqu’au fanatisme ; des commentaires qui permettent de mieux piger les romans, etc. En bref, un ouvrage sérieux et bien documenté, mais aussi très ludique.

On commence par une biographie de Jane Austen, oui, mais aussi celle de ses personnages! En effet, il semblerait qu’une bonne partie de ses héroïnes soit inspirée de connaissances réelles de la demoiselle… Ainsi, on a une lettre de Jane Austen à propos de la vraie Emma, des notes sur la vraie Catherine Morland, etc. Est-ce vrai? Je ne sais pas, mais si c’est le cas, j’adore!
Pour certains personnages, elle aurait repris les vrais noms, pour d’autres, elle a modifié en mixant les noms et prénoms de son entourage. C’est pour ça qu’on a plein de Fanny dans son oeuvre: c’est le prénom de sa nièce ; c’est pour ça aussi la floppée de Henry: c’est le prénom d’un de ses frères.

En plus de ces biographies, on a des explications sur la vie et la politique de l’époque, ce qui permet de comprendre certains trucs évoqués dans les bouquins. Ensuite, tout ça est mis sous forme de chronologie synthétique, avec en regard les sorties de bouquins, les événements politiques.
Enfin, on a une nouvelle écrite par un fan de Jane Austen, John Kessel. Elle met en scène la rencontre de Mary Bennet, vieille fille érudite, et de Victor Frankenstein, jeune scientifique allemand tourmenté. Une histoire percutante mais si bien ficelée que je ne peux que vous la conseiller!

En prix Bonux, on a plein d’illustrations: les coutumes et la mode de l’époque ; des portraits des grands personnages de la Régence, mais aussi des gens qui sont supposés avoir inspiré Jane Austen, comme Elizabeth Bennet ; des photos d’intérieur de Pemberley et aussi de Northanger Abbey…

qu’est-ce que vous attendez? Si vous êtes fans, foncez prendre ce livre! N’attendez plus, vous ne le regretterez pas, promis!

C’était:

Isabelle Ballester, Les nombreux mondes de Jane Austen
Publié en 2009 par Les moutons électriques
dans la collection La Bibliothèque Rouge
qui tente de reconstruire la biographie des grands héros de la littérature.