Il y a deux ou trois semaines déjà, je suis allée au cinéma toute seule. C’est pas souvent, mais là le film me faisait bien envie. Je n’en voyais que de belles photos, d’élogieux commentaires. Et puis quand ça parle d’un poète, de l’Angleterre et du XIXème siècle, je ne réponds plus de moi! Que voulez-vous, je suis fleur bleue et obsessionnelle.

Vous l’avez peut-être deviné à présent, je parle de Bright Star, réalisé par Jane Campion. J’ai pas été déçue par ce que j’ai vu!
Le personnage principal, ce n’est pas le poète maudit, Keats, mais une jeune fille de 18 ans, Fanny Brawne. Elle est folle de couture: elle fait de beaux trucs quoique pour la plupart importables à mon avis. Elle a un petit frère et une petite soeur (dont j’aime bien les mèches folles). Sa mère les élève seule dans la campagne anglaise. Son voisin, écrivain à grande gueule, l’insupporte. Elle a une vie bien paisible en somme. Jusqu’au jour où…

Et de leur amour plus bleu que le ciel autour
Jusqu’au jour où Keats se pointe avec son frère malade. A partir de là naît un amour d’abord réservé et digne avant de déborder et de contrevenir aux règles de la bienséance. C’est gnangnan quand on le dit, et on s’attend à quelque chose de très guimauve, mais Jane Campion filme tout cela avec délicatesse et retenue. Il y a de l’humour, de la tristesse, de la maladie, du printemps, de la mort, de l’hiver, et de la vie dans tout ça. Bien sûr, la plupart du temps, on ne voit qu’eux et leurs transports amoureux, mais c’est plus attendrissant qu’écoeurant.

Pour parachever le tout, un très beau site a été créé pour accompagner le film. Il n’est pas très clair, pas très intuitif, mais c’est justement cela qui fait son succès: on se balade d’une image à une autre, d’une Valentine letter à une autre. Un plaisir pour les yeux…
…Et les citations de certains poèmes de Keats, parsemés ici et là dans le film, nous permettent de le découvrir, lui et sa mélodie. Si en sortant du film vous avez (eu?) envie de lire quelques poèmes de lui, c’est normal! C’était un véritable plaisir mélancolique des mots. D’ailleurs, saurez-vous retrouver de quel poème vient le titre de cet article?…
L’an passé, j’avais offert Miss Charity à ma mère. Pourquoi? Plusieurs raisons: c’était de Marie-Aude Murail, qu’on aimait bien quand j’étais petite ; les critiques1 portaient ce livre aux nues ; c’était pour tous les âges ; et surtout, surtout le livre était si joli!
Mais voilà, je n’avais pas eu le temps de le lire et j’en avais bien envie pourtant2. A Noël, j’ai donc fait mes yeux de Bambi et demandé d’une voix tremblante si je pouvais l’emprunter pour en connaître la teneur. Je l’ai ensuite emporté dans ma tanière et, un soir, je l’ai ouvert. Je n’en suis plus ressortie avant la dernière page! Il était 2h du matin quand j’ai fini…
Donc bien fatiguée mais bienheureuse, voici mon impression de ce beau roman-là: une pure merveille! Marie-Aude Murail a fait un travail d’orfèvre en racontant l’histoire de Miss Charity Tiddler par ses yeux d’enfant de cinq ans devenant progressivement une femme adulte. Elle est née dans la seconde moitié du XIXème siècle dans l’Angleterre victorienne encore engoncée dans ses règles, sa froideur et sa morbidité: pas la période la plus heureuse que puisse connaître un enfant… Mais les années passent et elle participe à sa manière aux changements d’ère, de mentalités et de moeurs: l’époque édouardienne arrive.
Qui est-elle? Son histoire s’inspire fortement de celle de Beatrix Potter. Mais si, vous avez certainement croisé l’une ou l’autre de ses oeuvres… Peter Rabbit, par exemple! Elle est la créatrice d’une ménagerie enchanteresse, un peu comme celle des fables de la Fontaine, mais en plus gai, plus attachant. Par contre, celle décrite ici grandira entourée de personnages fictifs, mais aussi réels: elle croisera ainsi Oscar Wilde, héhé…
Peu importe si Marie-Aude Murail n’a pas réalisé une biographie fidèle de Beatrix Potter. Pour le reste, c’est tout à fait ça: la façon de voir les choses, la façon de vivre, la façon d’éduquer les enfants, la façon de payer une femme auteur, la façon de fréquenter les musées… On entre vraiment dans le XIXème siècle finissant avec sa charmante Miss Charity Tiddler. On sent bien que l’auteur est fan de cette époque, mais aussi fan de la littérature anglaise: il n’y a qu’à voir les noms des personnages secondaires! Une famille Bertram par ici, tirée des romans de Jane Austen ; une Mrs Gaskell de passage par hasard ; des clins d’oeil à Jane Eyre, etc. Ajoutons à cela de l’humour, de la tendresse, de la souffrance, de la colère… Ca foisonne, c’est plein de vie!
Ma foi, que dire d’autre? C’est de la belle ouvrage, et c’est pas que pour les enfants! Comment, vous ne l’avez pas lu? Roooh, foncez! Vous ne le regretterez pas!
Pour vous allécher, un petit extrait:
Une fois dans ma chambre, je fis un tour complet sur moi-même, cherchant où enfermer ma prise. La maison de poupée? Le tiroir de la commode? Non, là! Dans un carton à chapeau vide. Je déposai la petite bête tout au fond et je pus enfin la regarder. Avec son fin museau pointu, ses minuscules pattes tremblotantes et ses deux yeux comme deux grains de café luisants, elle me parut vraiment charmante. Seule sa queue annelée, aussi longue que son corps, me posait quelque problème. Et comment s’adresser à elle? Ne vivant qu’avec des grandes personnes, je n’avais aucune idée de la façon dont on doit parler aux animaux.
MOI
Bonjour, je suis Charity Tiddler. J’espère que vous allez bien. je suis très contente de vous connaître.
UNE VOIX DERRIERE MOI
A qui parlez-vous?
Tabitha avait congé le dimanche, mais elle venait de rentrer.
MOI
Je ne sais pas son nom. C’est une souris, je crois.
C’était:
Publié pour la première fois par l’Ecole des Loisirs en 2008
Premier livre fini de l’année: encore un truc dans le cadre du challenge JA2009, voui… Mais c’est la faute à Emjy qui m’a bien alléchée avec sa critique!
Et à la lecture aussi j’ai beaucoup aimé. Une présentation originale, mais pas trop compliquée ; de la passion, mais pas jusqu’au fanatisme ; des commentaires qui permettent de mieux piger les romans, etc. En bref, un ouvrage sérieux et bien documenté, mais aussi très ludique.

On commence par une biographie de Jane Austen, oui, mais aussi celle de ses personnages! En effet, il semblerait qu’une bonne partie de ses héroïnes soit inspirée de connaissances réelles de la demoiselle… Ainsi, on a une lettre de Jane Austen à propos de la vraie Emma, des notes sur la vraie Catherine Morland, etc. Est-ce vrai? Je ne sais pas, mais si c’est le cas, j’adore!
Pour certains personnages, elle aurait repris les vrais noms, pour d’autres, elle a modifié en mixant les noms et prénoms de son entourage. C’est pour ça qu’on a plein de Fanny dans son oeuvre: c’est le prénom de sa nièce ; c’est pour ça aussi la floppée de Henry: c’est le prénom d’un de ses frères.
En plus de ces biographies, on a des explications sur la vie et la politique de l’époque, ce qui permet de comprendre certains trucs évoqués dans les bouquins. Ensuite, tout ça est mis sous forme de chronologie synthétique, avec en regard les sorties de bouquins, les événements politiques.
Enfin, on a une nouvelle écrite par un fan de Jane Austen, John Kessel. Elle met en scène la rencontre de Mary Bennet, vieille fille érudite, et de Victor Frankenstein, jeune scientifique allemand tourmenté. Une histoire percutante mais si bien ficelée que je ne peux que vous la conseiller!
En prix Bonux, on a plein d’illustrations: les coutumes et la mode de l’époque ; des portraits des grands personnages de la Régence, mais aussi des gens qui sont supposés avoir inspiré Jane Austen, comme Elizabeth Bennet ; des photos d’intérieur de Pemberley et aussi de Northanger Abbey…
qu’est-ce que vous attendez? Si vous êtes fans, foncez prendre ce livre! N’attendez plus, vous ne le regretterez pas, promis!
C’était:
Publié en 2009 par Les moutons électriques
dans la collection La Bibliothèque Rouge
qui tente de reconstruire la biographie des grands héros de la littérature.
Fans du 19e siècle ou plus précisément de l’époque victorienne avec ses règles tordues, ses langues de pute (mais raffinées), ses costumes avec plein de froufrous et de colifichets? Réjouissez-vous, je viens de tomber sur un jeu canadien sympa qui vous permettra de voir si vous vous seriez fondu dans le décor…
Cliquez sur l’image pour y aller!
Gentlemen, vous pourrez faire un tour au club, manger chez des amis, séduire dans la salle de bal ou voyager en train ; Ladies, organisez une réception chez vous, faites un tour dans le parc, dansez un quadrille dans la salle de bal ou partez en train jusqu’aux chutes du Niagara. Mais surtout, hésitez pas à répondre n’importe quoi, ça fait des animations plutôt marrantes!
Il y a aussi une version années 20, mais j’ai l’impression qu’il y a un bug car je n’ai pas pu terminer ce jeu-là et donc je sais pas si j’aurai pu vivre dans les années folles… Snif.
Sautillant de blog en blog en mai, je découvris par hasard un collectif de défense et de promotion des auteurs morts qui n’avaient pas la télé. Curieuse et soutenant ardemment leur cause (y a qu’à voir ici le nombre de critiques sur des textes d’auteurs couiqués de longue date), j’ai lu quelques articles avant de tomber sur une critique encensant la Dame en Blanc, de Wilkie Collins, apparemment un précurseur du roman policier.
Quelque temps plus tard, me promenant dans un lieu de perdition (je parle des librairies, ne vous emballez pas), je tombais en arrêt devant une femme toute d’albe vêtue, penchée de façon à faire admirer le tour charmant de son cou. Bien sûr, elle n’était pas habillée à la dernière mode, mais c’était un Libretto! Le voyage à l’Est approchant, il me fallait de la lecture: son histoire m’attira donc. Et hop, la dame en blanc sous le bras, je filais chez moi faire mes sacs.

Hélas, le pavé victorien ne fit pas long feu: il fut dévoré les trois premiers jours du voyage. J’ai suivi (que dis-je, poursuivi) le jeune Walter Hartright lors de son séjour dans le Cumberland où il enseigna le dessin à deux jeunes filles de bonne famille et où, bien entendu, il tomba amoureux de la jolie héritière, Laura, avant de découvrir qu’elle est déjà fiancée à un baronnet et donc de s’enfuir à l’étranger pour l’oublier. Mais une dame en blanc rôde et annonce un malheur à venir pour miss Laura…
Le lecteur a ici une série de témoignages d’origine et de forme diverse (le notaire, le tuteur, la soeur de la victime, à travers compte-rendus, journaux intimes, lettres, etc.) pour juger des faits qui suivirent. Il connaît dès le début la victime et le bourreau, mais la tâche qui lui incombe est de comprendre comment le crime a pu se faire, en analysant les événements AVANT et APRES l’acte (qui arrive assez tard dans le récit, autant vous prévenir).
Avec la Dame en Blanc, le p’tit Willy Wilkie Collins a pondu un roman à suspense assez sympa sans être exceptionnel. On retrouve tous les « trucs »: les personnages hauts en couleur, les rebondissements à répétition -parfois un peu farfelus-, les lieux chargés d’histoire, l’ambiance gothique à souhait, les discussions pleines de sous-entendus, le mystère… C’est moins l’histoire que les personnages et leurs échanges qui m’ont plu: le comte Fosco est jouissif par sa bonhommie doublée de machiavélisme, jouant avec ses souris tout en manipulant son monde, la soeur de Laura, Marian, est attachante par sa tchatche, son humour et son courage, etc.
Cependant, deux éléments m’ont un peu agacée… D’une part, les amoureux attitrés du roman, Walter Hartright et Laura, sont fades car se positionnant toujours en victimes du sort à la Roméo et Juliette (déjà que ceux-là sont chiants chez Shakespeare). Ne leur portez pas attention, préférez les personnages secondaires qui heureusement prennent une grande part du récit. D’autre part, la question du rôle homme/femme revenait perpétuellement, plutôt lourdement: les femmes se doivent d’être des pleureuses faiblardes et sans défense tandis que les hommes sont fiers et impétueux. Heureusement que Marian est là pour porter le caleçon et sauver la situation! En cela, je dirais que le roman a plutôt mal vieilli, puisque je suppose que ces remarques sont liées à la mentalité de l’époque…
M’enfin, faut pas oublier que, publiée en 1857, la Dame en blanc est quand même un des premiers thrillers. Et ces romans-là, même si ce ne sont pas forcément des chefs d’oeuvre, sont toujours agréables à lire, surtout l’été! Et j’ai en plus pu retrouver l’ambiance XIXème siècle que j’affectionne ces temps-ci.
Si vous voulez avoir d’autres critiques sur ce bouquin, vous pouvez aussi passer chez Miss Lou, ou encore voir la galerie de portraits faite par Julien. Bonne balade!
Publié pour la première fois en 1857 sous le titre The lady in White











