Il y a deux jours, pendant ma tournée des blogs, j’ai vu qu’il y avait de nouvelles vache-qui-rit (vaches-qui-rient, ou vache-qui-rits, ou?…) chez Tanxxx… vous pigez pas? Attendez, je vous explique: Tanxxx, c’est une illustratrice plutôt punk n’ rock avec un humour à rebrousse-poil. Elle a aussi un fort appétit une fibre nostalgique (et odorante) au vu de ses noms de catégories: croustillants au fromage, vache-qui-rit, pizza gorgonzola… Je vous laisse les visiter pour savoir ce qu’il y a dedans.
Mais je suis gentille. Vache-qui-rit, dont je parlais, c’est toutes les lettres administratives qu’elle envoie ou reçoit. Chiant comme la mort, dites-vous? Ah, mais, elle rédige pas ses lettres avec l’aide d’un guide « Pour les Nuls », elle s’en sert pour laisser s’exprimer son talent littéraire! Ce qui donne des lettres pas du tout rasoir envoyées à des services administratifs rasoirs, eux.Faut bien ça pour illuminer une journée morose…
Brefle, l’autre jour, un des services administratifs rasoirs a, oh surprise, joué le jeu !Je vous laisse lire ici la lettre qu’elle leur avait envoyé, emportée par un élan d’amour et de compréhension mâtinés de fermeté. Vous avez fini? Lisez donc la réponse par là… Et n’oubliez pas de jeter un oeil au premier commentaire juste après, il apporte quelques détails croustillants (au fromage?) en plus!
Ca déchire hein? Rien que ça, ça me donne envie de balancer par la fenêtre les « je soussigné » et autres « veuillez agréer mes sincères salutations » et de me prendre pour une autrice de romans Harlequin dans ma lettre annuelle aux impôts…
Voyant que je bavais -plus ou moins discrètement- devant cet ouvrage, le cher et tendre me l’a offert, et je l’en remercie chaudement. Et hop, un superbe roman graphique de plus dans ma bibliothèque ! Et hop, une bande dessinée à ne pas rater si vous ne connaissez pas!

L’histoire de Mourir partir revenir: le jeu des hirondelles? Il faut remonter de quelques années dans la vie de l’auteure, Zeina Abirached. En 1984, à Beyrouth, au Liban, la guerre fait rage ; les habitants sont reclus chez eux et ne peuvent se déplacer qu’au prix d’une chorégraphie périlleuse pour éviter les francs-tireurs. Nous sommes dans un immeuble à l’est de la ville, près de la ligne de démarcation, en train d’observer deux enfants, une fillette et son petit frère, seuls dans leur appartement. Leurs parents sont partis voir leur grands-parents et s’y trouvent coincés… Heureusement, les voisins sont là.
Pour raconter la guerre, il n’est pas forcément nécessaire de dresser une carte géopolitique et d’expliquer les tenants et les aboutissants de la chose ; un « simple » huis-clos peut en dire bien plus, surtout sur ce que vivent et ce que ressentent les gens coincés au milieu de cette querelle trop grande pour eux. Les enfants sont insouciants, semble-t-il ; les parents s’inquiètent ; les voisins se soutiennent… Certains sont persuadés que ça va vite finir ; d’autres qu’ils sont « quand même, peut-être, plus ou moins en sécurité, ici ».
Pour raconter une histoire, il n’est pas forcément nécessaire d’utiliser un langage très simple ou très soutenu, ni même un dessin très détaillé. Des formes simplifiées, du noir et blanc, un agencement très graphique peuvent être tout aussi percutants… C’est d’ailleurs ça qui m’avait attirée au début.

La remarque qui revient le plus souvent à propos de Mourir partir revenir, c’est: « Tiens, on dirait du Marjane Satrapi! » C’est vrai, je l’avoue, j’ai pensé la même chose au début… Faut dire qu’il y a beaucoup de points communs: deux petites filles qui racontent la guerre telle qu’elle l’ont connue, l’une en Iran et l’autre au Liban, avant de s’expatrier ; deux dessinatrices vivant en France qui ont un style épuré très graphique… Mais là où l’une comprenait ce qui se passait grâce aux explications de sa famille très informée, l’autre semble insouciante et ignorante du conflit au dehors ; là où l’une trace des lignes noires sur la feuille blanche, la seconde noircit les pages et les blanchit ensuite de lignes. Tout cela donne des atmosphères différentes et des récits de vie différents.

En recherchant des infos sur Zeina Abirached, j’apprends que ce n’est pas son premier livre, mais son troisième (sur quatre, à ce jour). Je découvre aussi que deux de ses ouvrages ont une inspiration quelque peu pérecquienne (involontairement dans le premier -elle ne connaissait pas Pérec à l’époque-, puis sous forme d’hommage dans le second)… Un argument de plus pour que je déniche ses autres livres!
Déjà que l’amour de la langue transparaissait bien dans ce roman graphique-là, avec le professeur de français Ernest Challita (ci-dessus)… Ne ratez absolument pas la partie sur les nez!
Le mercredi 27 mai, l’accusée est sortie de l’appartement, a fermé avec les clés matrioschka, puis elle est descendue. Sortie de l’immeuble, elle a traversé le parking, la petite rue attenante puis traversé la route après avoir regardé à droite et à gauche. Elle a ensuite cheminé jusqu’au centre-ville où elle a vaqué à ses occupations : un passage à la gare (peut-être pour fuir, une fois le méfait commis ?), un tour à Phild*r (peut-être pour tricoter une arme ?) et enfin la visite fatidique à la librairie. L’accusée prétend que l’acte n’était pas prémédité, mais ce sera à la défense de le prouver. Toujours est-il qu’après avoir étudié les titres sur les critiques littéraires (l’accusée mentionne Alberto Manguel… Un de ses comparses ?) et les séries policières, elle est montée au rayon bandes dessinées et mangas. C’est là qu’elle a perpétré son crime, redescendant aussitôt l’objet en main. L’accusée a payé par carte bleue avant de quitter les lieux. Elle est alors rentrée chez elle et s’est installée dans un des fauteuils dont vous avez la photographie dans les pièces à conviction. C’est là que la police l’a prise sur le fait…
Bien évidemment, les employés de la librairie auraient pu l’interpeller ou l’empêcher de prendre possession d’un tel objet. Mais, comme les Fournisseurs d’Accès Internet ne sont pas responsables du contenu des sites qu’ils hébergent, les librairies ne sont pas responsable des choix de leurs clients. La faute est donc celle de l’accusée exclusivement.
L’objet du crime

Comme vous le voyez, Billy Brouillard: Le don de trouble-vue est une bande-dessinée pour enfants. Du moins, en apparence. La forme semble pour le moins innocente, même si la couverture a des apparences de grimoire ancien. Mais le fond!… Là est le crime !
C’est l’histoire de Billy, un petit garçon myope vivant à la campagne avec ses parents et sa petite soeur Jeanne. On le voit vivre, jouer, pleurer la mort de son chat, parler du Père-Noël… Rien de plus normal, croyez-vous ? Non ! Le petit Billy, sans ses lunettes, voit d’horribles choses: créatures fantastiques gluantes et grouillantes, fantômes et enfants assassinés… Et pire que tout, ça ne lui fait pas peur, au contraire! Seule la mort de son chat Tarzan le fait se méfier de la Mort et s’interroger sur elle. Il nous présente divers monstres, nous chante l’histoire de fillettes mortes, nous indique comment se faire ressusciter, tout en continuant sa quête de la vérité. Le tout est mâtiné de macabre, de morbide et de dégoûtant.
Si l’on se penche sur le contenu, il n’y a pas seulement des vignettes, mais aussi des poèmes et des extraits de journaux ou d’encyclopédie. Cette construction est en elle-même assez curieuse et rend le récit indéfinissable. Elle alterne en effet les segments qui racontent cette histoire avec les autres « documents » susmentionnés, tout en gardant une apparence précieuse:cases presque traditionnelles, illustrations, ombres chinoises, pages de gazette, articles pseudo-scientifiques. Mais la pire de toutes les infamies, c’est bien celle-là: comment retrouver un passage précis dans ce livre où toutes les pages sont la numéro 13?
Non, vraiment! Ce n’est pas un ouvrage à laisser dans toutes les mains! Guillaume Bianco, on ne vous remercie pas pour ce livre destiné depuis le début à l’autodafé. Billy Brouillard fait passer de trop bons moments à ses lecteurs, enfants comme adultes. Billy Brouillard est coupable de flirt entre le macabre et l’imagination enfantine. Billy Brouillard est un joyau que nul autre que les grands de ce monde ne devraient avoir le droit de voir.
Je n’ai pas encore beaucoup parlé films ici (en fait, il n’y a pour le moment qu’une seule critique cinématographique et c’était pour le Challenge Jane Austen 2009), mais ce n’est pas faute d’intérêt pour la chose. Quand on est un sourdingue provinciâl, il y a souvent moins d’offre et plus d’attente au cinéma. A Aix, on a le bonheur d’avoir deux cinémas proposant de la VOST, mais parfois il faut attendre un bon moment avant d’avoir les films qu’on désire. Sans oublier les agendas toujours fluctuants de nos vies d’étudiants et la flemme qui s’en va et revient de temps à autre…
Bref, bref, tout ça pour dire que je n’ai vu Watchmen que tout récemment.
J’ai déjà vu plusieurs adaptations de comics et plus particulièrement ceux scénarisés par l’immense Alan Moore: V pour Vendetta (pas mal du tout), From Hell (sympa), The Spirit (oh my god, quel raté !), 300 (j’adore ces hommes en slip de cuir), etc.
Watchmen ne dépare pas dans le tableau de chasse ; j’ai passé un très bon moment à le regarder et je le revisionnerai en dvd dès que possible. J’ai aimé tous les petits clins d’oeil à l’Histoire: l’Enola Gay, élection de Nixon, assassinat de JFK, attentat du 11 septembre, le baiser à la fin de la Seconde Guerre mondiale… et il y en a tellement d’autres! J’ai également apprécié la complexité psychologique, historique et graphique du film (c’est que ça devient rare, les films « à succès » aussi complexes!), même si je n’ignore pas qu’elle est vraiment moindre par rapport à celle du roman graphique lui-même. D’ailleurs, en parlant du roman, une autre chose que j’ai aimé dans le film était les plans reproduits fidèlement de la BD elle-même: cela donnait une certaine profondeur à l’image sur papier (du moins j’ai eu cette impression).
Maintenant, ce que je n’ai pas trop aimé… (bah oui, ce n’était pas parfait tout de même, sinon je n’en parlerais pas!) En vrac: la fin plutôt tirée par les cheveux, différente de celle du roman ; certaines scènes plus gore que dans le roman ; le bleu fluo du Dr Manhattan (Dans la BD, il n’a pas de halo lumineux. A quoi ça leur sert de transformer un mec en lampadaire vivant?) ; la répétition de la bestialité humaine (mais ça, Sirtin en parle mieux que moi). Enfin, le roman parle de personnes ordinaires devenant des superhéros grâce à des outils technologiques et de l’entraînement, excepté le Dr Manhattan ; or dans le film on voit parfois des combats « super-héroïques » avec de super-pouvoirs. Décidément, on pouvait pas s’empêcher de vouloir en mettre plein la vue, hein?…
Sur ce, je vous laisse, j’ai la version roman graphique à relire pour me rafraîchir la mémoire et comparer avec le film!










