Avant de commencer le grrrrand Challenge de l’année, quelques questions d’Emjy permettront de savoir où en est la challengeuse, votre serviteuse !

1 ) Comment avez-vous découvert Jane Austen?
Ca remonte à quelques années déjà ?… Déjà, quand j’étais en 4ème ou 3ème au collège, j’avais dévoré Le Journal de Bridget Jones, où l’on a quelques allusions à une adaptation d’Orgueil et Préjugés trèèèès connue : la mini-série de 1995 par la BBC, avec Jennifer Ehle et Colin Firth. J’avais aussi vu Sense and Sensibility/Raison et Sentiments à la télé et j’avais beaucoup aimé ! Quelques années plus tard, je ne sais trop pourquoi, j’ai acheté le roman en question en VF. Peut-être est-ce ce souvenir de Bridget Jones, peut-être est-ce la jolie couverture (dans la collection Motifs, c’est pas mal du tout), je ne pourrais pas dire. Toujours est-il que je l’ai dévoré dans les campings du nord de l’Espagne en 2005.
Oui, vous avez bien lu, ça fait déjà 4 ans depuis ma naissance au monde austenien… Pas la peine de vous dire qu’aussitôt lu, aussitôt fan ! Je l’ai ensuite savouré en VO, avant de regarder (par des moyens peu recommandables) les adaptations de ses 6 romans, puis de me procurer les romans manquants (uniquement en VO)…
2 ) Avez-lu tous ses romans jusqu’ici ?
Non, mais presque ! Il ne me manque plus qu’Emma (que j’ai du mal à commencer, ah la la), une nouvelle (The Watsons) et son roman inachevé (Sanditon).
3 ) Avez-vous un préféré ?
Difficile de faire un choix ! Bien sûr, Pride and Prejudice/Orgueil et Préjugés est au 1er rang, mais Sense and Sensibility/Raison et Sentiments et Northanger Abbey le suivent de près… Une affection toute particulière pour Persuasion également. Par contre, Mansfield Park m’a plutôt ennuyée et j’ai du mal à commencer Emma…
4 ) Combien d’adaptations avez-vous vues ?
Pas beaucoup en fait : Emma de 1997 (avec Gwyneth Paltrow ; je l’ai assez peu apprécié, je ne sais plus trop pourquoi, et du coup j’ai du mal à lire le roman…) ; Mansfield Park de 2007 (plutôt sympa, ça m’a aidé à tenir le coup en lisant le texte d’origine) ; Northanger Abbey de 2007 (j’aime !) ; Persuasion de 1995 (une certaine mélancolie et quelle douceur !) ; Sense and Sensibility de 1995 (avec Kate Winslet et Hugh Grant ; j’aime !) ; Pride and Prejudice de 1995. That’s all. Mais je les ai vues et revues des tas de fois, ça compense ?
5 ) Lesquelles sont vos préférées ?
Pride and Prejudice et Northanger Abbey ! Quant au pourquoi, je le dirai dans mes critiques à venir de ces adaptations.
6 ) et lesquelles aimez-vous le moins ?
Emma et aussi ce que j’ai entrevu du Pride and Prejudice de 2008 avec Keira Knightley… Mais j’ai quand même envie de le voir, même si je sais avec la bande annonce que je vais avoir des bouffées de meurtre vis à vis de la demoiselle Knightley ! On va voir si ma belle-soeur consentira à me prêter son dvd, sachant que je risque de le lui rendre à moitié déchiqueté…
7 ) Avez-vous vu des films inspirés ou dérivés de son oeuvre ? (Becoming Jane, Miss Austen regrets, Coup de foudre à Bollywood, Clueless, Bridget Jones, The Jane Austen Book Club etc) Qu’en avez-vous pensé ?
Vu Becoming Jane et Bridget Jones. Les deux m’ont plu, mais je crois que le premier je ne le regarderai qu’une ou deux fois avant d’en avoir assez tandis que le second j’en garde de très bons souvenirs (même si c’est gnangnan) et que j’aimerai bien le revoir encore une fois !
8 ) Qu’aimez-vous le plus chez Jane Austen ?
Son humour, la qualité et la musicalité de sa langue, la satire fine de la société qu’elle dépeint, l’ambiance aujourd’hui surannée et en même temps tellement actuelle… Du féminisme précurseur, sans pour autant éluder le côté fleur bleue de la majorité des femmes, huhu.
9 ) Avez-vous ce qu’on peut appeler une collection Jane Austen ? (inclure photos si vous le souhaitez)
Pas encore. A part ses 6 romans, ses Juvenilia, et sa nouvelle Miss Susan, je n’ai pas grand chose qui se réfèrent à Jane Austen. Les seuls autres livres sont Le club Jane Austen de Karen Joy Fowler, et les deux Bridget Jones. Pas de DVD. Je crois que c’est tout… Plutôt pas terrible. Mais j’espère étoffer ma p’tite collection avec ce challenge !

Well, j’ai des (mauvaises? bonnes?) nouvelles pour vous : ce blog sera un autel dressé à la grandeur de miss Jane Austen pour l’année 2009. A savoir qu’il y aura régulièrement des articles sur son oeuvre, sa vie, les adaptations cinématographiques et littéraires, voire même un essai sur elle. La raison de cet état de fait ?… Je viens de m’inscrire au Challenge Jane Austen 2009 qui vient d’être lancé !

Les détails, tels qu’annoncés sur Happyfew, « le blog avec de la kulture à l’intérieur » qui a lancé le Challenge, sont les suivants :
Il s’agit de :
* lire ou relire tous les romans de Jane Austen, y compris ses oeuvres de jeunesse, voire même ses lettres.
* voir toutes les adaptations possibles, films, téléfilms, séries télévisées.
* lire une biographie (celle qu’on veut).
* lire un ouvrage critique de type universitaire sur son oeuvre (soit un ouvrage général, soit un ouvrage sur un de ses romans).Comme les contraintes m’indisposent légèrement, chers happy few, je considère que chacun est libre d’adapter le Challenge à sa sauce.
Bon. Préparez-vous psychologiquement… Ou rejoignez le mouvement ! (et voyez comment je suis trop une gourou)
Il y a des romans qui vous hantent, avec une poésie, une mélodie presque monocorde, mais ondulant malgré tout, s’arrêtant presque et s’envolant aussitôt. Certains des textes de Virginia Woolf en font partie, je ne sais trop pourquoi. Ce n’est pas exactement que leur lecture est jouissive, ni même que ça se boit comme de l’eau, non. J’ai même parfois du mal à rester agrippée à mon livre comme à une falaise.
Les romans de la dame Woolf, Mrs Dalloway notamment, sont de ces romans semblables à de la poésie. C’est toute une histoire qui se déroule dans une seule journée, mais il n’est pas exactement nécessaire de lire le début avant la fin en passant par le milieu. Ces romans-là, on les prend, on les feuillette et on savoure une, deux, trois pages avant de le refermer. Ensuite, les phrases lues nous hantent, s’en vont et reviennent comme un refrain entêtant. Mais je ne m’en plains pas trop, comme ces phrases sont si joliment ciselées…
C’est la deuxième fois que je lis ce texte, la deuxième fois que j’en retire une douceur, presque une nostalgie, toute britannique. Je reconnais des rues de Londres, j’ai des souvenirs évanescents de mes courts passages dans cette ville, et, en lisant Mrs Dalloway, j’en viens parfois à avoir envie de vivre dans le Londres qu’elle (Virginia, mais aussi sa Mrs Dalloway) a connu.
Quant à l’histoire qui est contée… Mais dans les faits, nous vivons une journée de la vie d’une londonienne dans la cinquantaine, Clarissa Dalloway, qui prépare une réception. Et ce faisant, nous déroulons le fil de ses pensées et de sa vie. Mais nous ne la suivons pas de bout en bout ; si nous commençons la journée en sa compagnie, nous la quittons vite pour rebondir sur les méditations d’un de ses amis, puis d’un passant qu’il a croisé, puis d’une jeune fille qui aborda le passant, etc. Le thème général demeure la vie, celle de Clarissa Dalloway en particulier, celle des individus en général. En cela, je dirais que c’est l’histoire des londoniens, l’histoire de Londres, l’histoire des promeneurs ; on a là une fresque de la ville de Londres et de ses habitants, vie rythmée pour tous par Big Ben dont on entend le son des cercles de plomb qui se dissolvent dans l’air.
C’est une forme littéraire que j’apprécie tout particulièrement et que j’ai déjà pu rencontrer dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig et Ulysse de James Joyce. Mais ces deux ouvrages-là, j’en parlerai plus tard, après relecture ! Le roman qui nous intéresse aujourd’hui est celui de Mrs Dalloway dont voici un (long!) extrait :
La voiture n’était plus là, mais elle avait laissé une légère ondulation qui se propagea à travers les magasins de gantiers, de chapeliers, de tailleurs des deux côtés de Bond Street. Pendant trente secondes, toutes les têtes restèrent tournées dans la même direction – vers la vitrine. En train de choisir une paire de gants (fallait-il les prendre allant jusqu’au coude ou au-dessus du coude, couleur vanille ou gris pâle ?), les dames s’interrompirent. Entre le début et la fin de leur phrase, il s’était passé quelque chose. Quelque chose de si ténu, dans certains cas, qu’aucun instrument de mesure, fût-il capable d’enregistrer un séisme en Chine, n’aurait pu en recueillir les vibrations ; d’une plénitude impressionnante, pourtant, et suscitant une émotion collective ; car chez tous les chapeliers et chez tous les tailleurs, de parfaits inconnus échangèrent un regard et se mirent à penser aux morts ; au drapeau ; à l’Empire. Dans un pub, au fond d’une ruelle, un Anglais des colonies insulta la Maison des Windsor, et cela entraîna des injures, des bris de verres, et une échauffourée générale dont les échos, de l’autre côté de la rue, résonnèrent étrangement aux oreilles des jeunes filles occupées à s’acheter, avant leur mariage, de la lingerie blanche gansée de ruban d’une blancheur immaculée. Car, en disparaissant, l’agitation de surface déclenchée par le passage de l’automobile avait effleuré quelque chose de très profond.
Première publication en 1925.
Il y a de ça quelques mois déjà, je me languissais de lire un peu d’anglais. Mais dans les librairies, il n’y a pas tellement de choix en général (depuis, j’ai trouvé deux librairies internationales… J’espère y satisfaire plus facilement cette envie.) C’est pourquoi j’errais sans trop y croire dans les rayons, l’oeil torve et morne à la fois, quand il (mon oeil) fut distrait par un rai lumineux. Le sacré Graal ? Un ange venant m’annoncer que je suis la nouvelle Vierge Marie ? Non, non, si je suis vierge astrologiquement et si mon prénom est effectivement une variante de Marie, ça n’a rien à voir…
C’était ZE book, celui que je cherchais: un recueil de nouvelles contemporaines. En plus, de Neil Gaiman, j’avais déjà lu et aimé un roman De bons présages, écrit en collaboration avec Terry Pratchett. (bon, depuis, je suis tombée sur American Gods qui me met dans une situation ubuesque: je sais ce qui va arriver, mais je ne sais pas quand, ni comment… Je connais le livre sans le connaître! Pas très agréable je dois dire… Bref.)

Fragile Things: Short fictions and wonders rassemble donc en son sein des choses bien fragiles: 27 nouvelles déjà publiées ou inédites s’exposant au regard du lecteur. On y trouvera: a study in esmerald, the fairy reel; October in the chair; the hidden chamber, forbidden brides of the faceless slaves in the secret house of the night of dread desire; the flints of memory lane; closing time, going wodwo; bitter grounds; other people; keepsakes and treasures; good boys deserve favours; strange little girls; harlequin valentine; locks; the problem of Susan; instructions; my life; feeders and eaters; diseasemaker’s croup; Goliath; pages from a journal found in a shoebox left in a greyhound bus somewhere between Tulsa, Oklahoma and Louisville, Kentucky; how to talk to girls at parties; the day the saucers came; sunbird; inventing Aladdin; the monarch of the Glen.
La préface de l’ouvrage nous présente le contexte de chaque texte, parfois une histoire assez étonnante sur la résurgence d’un autre, un détail sur un dernier. C’est souvent sympa et instructif, on comprend mieux le sens de certaines nouvelles après coup…
Qu’en ai-je pensé ? Une langue agréable, pas trop complexe en général (enfin, j’ai eu l’impression) ; des textes courts, étranges, toujours poétiques/romantiques ; une grande variété de thèmes, souvent autour du fantastique ; de l’humour, de la mélancolie, du noir voire du gothique… De quoi me plaire ! Si deux ou trois textes ne m’ont pas tellement parlé, tout le reste m’a bien plu.
J’ai lu ce recueil en octobre/novembre et je me souviens encore très nettement de trois-quatre nouvelles là dedans. C’est dire si ça m’a marquée ! Mon préféré ? October in the Chair dont je vous offre le début en pâtée ci dessous. Pour la suite, il faudra lire le bouquin !
October was in the chair, so it was chilly that evening, and the leaves were red and orange and tumbled from the trees that circled the grove. The twelve of them sat around a campfire roasting huge sausages on sticks, which spat and crackled as the fat dripped on to the burning applewood, and drinking fresh apple-cider, tangy and tart in their mouth.
April took a dainty bite from her sausage, which burst open as she bit into it, spilling hot juice down her chin. ‘Beshrew and suck-ordure on it,’ she said.
Squat March, sitting next to her, laughed, low and dirty, and then pulled out a huge, filthy handkershief. ‘Here you go,’ he said.
Première publication en 2006 chez Headline Review

Voilà un portrait de femmes tendre et drôle à la fois ! Je n’avais jamais lu de livre de Miss Gaskell mais, étant connue pour idolâtrer Jane Austen et ses héroïnes délicieusement désuètes, on me conseillait ses ouvrages. Mais ce sont plus les critiques sur les blogs littéraires bien ancrés dans la place qui m’ont décidées. Un p’tit clic sur Amazon, des tergiversations entre différentes éditions, des râles de souffrance en voyant que l’édition choisie n’était plus disponible, des soupirs de bonheur quand l’autre arriva à domicile (dans un assortiment d’ouvrages sélectionnés dans la foulée) samedi dernier.
J’ai commencé à lire ce roman samedi midi, et je l’ai terminé dans la soirée. Pas une seule longueur, pas une seule phrase mal tournée, pas une seule scène inutile : c’est là un portrait jouissif ! Si j’en crois la biographie de Miss Elizabeth Gaskell, elle a vécu de longues années à Manchester mais a également connu les plaisirs de la vie campagnarde. C’est d’ailleurs dans ce cadre que ses plus beaux livres prennent place, Cranford notamment. (Mais Manchester n’est pas oubliée, elle qui sert de décor à North and South et Mary Barton)
Beaucoup de ses textes ont été adaptés en film ou en série télé. Ayant adoré Cranford en livre, j’ai hâte de pouvoir me commander la série télé sur les réseaux british ! (Eh oui, malheureusement, ni le livre ni la série ne sont disponibles en français et donc assez difficilement trouvables en France pour les provinciales)

Mais de quoi parle Cranford ? C’est l’histoire d’un village, Cranford justement, où les dames sont prédominantes. Pour quelque raison que ce soit, les hommes n’y font pas long feu. Nous nous intéressons, à travers les yeux d’une jeune aristocrate peu fortunée, à la vie des femmes aristos du village. Elles sont une poignée, célibataires ou veuves, à régner sur la vie du village d’une main de fer. On découvre leur vie à travers quelques épisodes pas clairement fixés dans le temps: on peut avoir une ellipse de cinq ou six ans parfois. Ces scénettes sont toutes charmantes, pittoresques et fun…
Loin de nous dépeindre de vieilles mémés avec un balai dans le fondement, Gaskell nous montre leurs défauts, leurs qualités, leurs fiertés mal placées, leurs tendresses et leurs rancoeurs, tant de choses qui nous les rendent très actuelles, très proches et tout simplement aimables! Elles sont aristocrates, certes, mais aussi pauvres, même si elles ne veulent pas le dire et le cachent comme elles le peuvent. Ainsi elles vont prétendre adorer les promenades en pleine nuit pour ne pas dire qu’elles n’ont pas les moyens d’acquérir un siège à porteurs, économiser par ci par là pour joindre les deux bouts, s’entraider mais aussi se crêper le chignon… En bref, de bonnes p’tites femmes avec leur dignité, leurs tics et leurs obsessions, leurs peurs paniques, leurs vanités et leurs passions redoutables du jeu!… Vivement que je voie l’adaptation en série qui promet d’être tout aussi réjouissante ! Je suis curieuse de voir comment elles vont parler de l’épisode de la dentelle et du chat… (héhé, et un spoiler, un !)

Je vous ai choisi un extrait, mais ça n’a pas été facile du tout de choisir… On trouve une perle à chaque page ! Celui-ci vient lors d’une période d’inquiétude suite à des vols dans le voisinage :
Miss Pole was very much inclined to instal herself as a heroine, because of the decided steps she had taken in flying from the two men and one woman, whom she entitled « that murderous gang. » She described their appearance in glowing colours, and I noticed that every time she went over the story some fresh trait of villainy was added to their appearance. One as tall — he grew to be gigantic in height before we had done with him; he of course had black hair — and by-and-by it hung in elf-locks over his forehead and down his back. The other was short and broad — and a hump sprouted out on his shoulder before we heard the last of him; he had red hair — which deepened into carroty; and she was almost sure he had a cast in the eye — a decided squint. As for the woman, her eyes glared, and she was masculine-looking — a perfect virago; most probably a man dressed in woman’s clothes; afterwards, we heard of a beard on her chin, and a manly voice and a stride.
C’était :
Première publication en 1851,
dans le magazine Household Words,
édité par Charles Dickens.









