Peut-être que vous vous en souvenez, j’ai parlé de Cranford, le roman d’Elisabeth Gaskell, il y a quelques mois. Maintenant, je vais enfin vous causer de la série BiBiCi(clette) repérée, capturée, visionnée grâce au Amazon britannique ! (et en plus dans la foulée, je ne me ruine pas en frais de port)
Donc, Cranford version télé, techniquement c’est :
- 5 épisodes de 1h,
- 1 an dans le village de Cranford,
- 3 romans de Gaskell mélangés (Lady Ludlow, Dr Harrisson’s confessions et Cranford)
Et en substance, qu’est-ce que Cranford ? Comme dans la nouvelle, nous passons un an dans le village, avec notre jeune narratrice et ses deux hôtesses, vieilles filles aristos. Mais nous ne les observons pas seulement vivre, évoluer ; nous suivons également d’autres habitants du village, dont l’amusante Miss Pole, toujours prête à exagérer, le jeune et séduisant médecin venu de la ville, le militaire veuf et tendre père, la famille pauvrissime et la noble dame dans son manoir d’ivoire.
En somme, Cranford est une mosaïque faite d’une myriade de vies, racontant la vie mais aussi la mort, la douleur mais aussi l’humour et l’amour (parfois beaucoup même, huhu). J’ai bien aimé aussi la fidélité à la mode de l’époque et la description de traditions de l’époque (comme la Belle de Mai, qu’on ne fête guère plus, snif).
Par contre, comme Cranford est né de la fusion de plusieurs textes, il y a eu des modifications. Certains personnages ont disparu, d’autres sont apparus et d’autres encore sont la synthèse de deux ou plusieurs personnages. Donc, vous êtes prévenus, il ne faut pas attendre de la série une fidélité à toute épreuve par rapport aux mots et à la trame du livre. Mais vous ne serez pas déçus: l’esprit même du roman est, lui, complètement respecté!
-chic, chic, des commérages à venir, miam !-
Bref, j’ai passé un très bon moment dans Cranford et j’ai regretté que ça soit déjà fini! Snif, snif, y aura-t-il une suite ?

Voilà un portrait de femmes tendre et drôle à la fois ! Je n’avais jamais lu de livre de Miss Gaskell mais, étant connue pour idolâtrer Jane Austen et ses héroïnes délicieusement désuètes, on me conseillait ses ouvrages. Mais ce sont plus les critiques sur les blogs littéraires bien ancrés dans la place qui m’ont décidées. Un p’tit clic sur Amazon, des tergiversations entre différentes éditions, des râles de souffrance en voyant que l’édition choisie n’était plus disponible, des soupirs de bonheur quand l’autre arriva à domicile (dans un assortiment d’ouvrages sélectionnés dans la foulée) samedi dernier.
J’ai commencé à lire ce roman samedi midi, et je l’ai terminé dans la soirée. Pas une seule longueur, pas une seule phrase mal tournée, pas une seule scène inutile : c’est là un portrait jouissif ! Si j’en crois la biographie de Miss Elizabeth Gaskell, elle a vécu de longues années à Manchester mais a également connu les plaisirs de la vie campagnarde. C’est d’ailleurs dans ce cadre que ses plus beaux livres prennent place, Cranford notamment. (Mais Manchester n’est pas oubliée, elle qui sert de décor à North and South et Mary Barton)
Beaucoup de ses textes ont été adaptés en film ou en série télé. Ayant adoré Cranford en livre, j’ai hâte de pouvoir me commander la série télé sur les réseaux british ! (Eh oui, malheureusement, ni le livre ni la série ne sont disponibles en français et donc assez difficilement trouvables en France pour les provinciales)

Mais de quoi parle Cranford ? C’est l’histoire d’un village, Cranford justement, où les dames sont prédominantes. Pour quelque raison que ce soit, les hommes n’y font pas long feu. Nous nous intéressons, à travers les yeux d’une jeune aristocrate peu fortunée, à la vie des femmes aristos du village. Elles sont une poignée, célibataires ou veuves, à régner sur la vie du village d’une main de fer. On découvre leur vie à travers quelques épisodes pas clairement fixés dans le temps: on peut avoir une ellipse de cinq ou six ans parfois. Ces scénettes sont toutes charmantes, pittoresques et fun…
Loin de nous dépeindre de vieilles mémés avec un balai dans le fondement, Gaskell nous montre leurs défauts, leurs qualités, leurs fiertés mal placées, leurs tendresses et leurs rancoeurs, tant de choses qui nous les rendent très actuelles, très proches et tout simplement aimables! Elles sont aristocrates, certes, mais aussi pauvres, même si elles ne veulent pas le dire et le cachent comme elles le peuvent. Ainsi elles vont prétendre adorer les promenades en pleine nuit pour ne pas dire qu’elles n’ont pas les moyens d’acquérir un siège à porteurs, économiser par ci par là pour joindre les deux bouts, s’entraider mais aussi se crêper le chignon… En bref, de bonnes p’tites femmes avec leur dignité, leurs tics et leurs obsessions, leurs peurs paniques, leurs vanités et leurs passions redoutables du jeu!… Vivement que je voie l’adaptation en série qui promet d’être tout aussi réjouissante ! Je suis curieuse de voir comment elles vont parler de l’épisode de la dentelle et du chat… (héhé, et un spoiler, un !)

Je vous ai choisi un extrait, mais ça n’a pas été facile du tout de choisir… On trouve une perle à chaque page ! Celui-ci vient lors d’une période d’inquiétude suite à des vols dans le voisinage :
Miss Pole was very much inclined to instal herself as a heroine, because of the decided steps she had taken in flying from the two men and one woman, whom she entitled « that murderous gang. » She described their appearance in glowing colours, and I noticed that every time she went over the story some fresh trait of villainy was added to their appearance. One as tall — he grew to be gigantic in height before we had done with him; he of course had black hair — and by-and-by it hung in elf-locks over his forehead and down his back. The other was short and broad — and a hump sprouted out on his shoulder before we heard the last of him; he had red hair — which deepened into carroty; and she was almost sure he had a cast in the eye — a decided squint. As for the woman, her eyes glared, and she was masculine-looking — a perfect virago; most probably a man dressed in woman’s clothes; afterwards, we heard of a beard on her chin, and a manly voice and a stride.
C’était :
Première publication en 1851,
dans le magazine Household Words,
édité par Charles Dickens.











