Lundi 5 juillet 2010

Les mots qui chantent, une fluctuation de la parole et de la pensée superbement rendue: c’est ce que je ressens à chaque fois que je termine un roman de Woolf, à tel point que vous devez trouver que je radote un peu ici! Mais comment dire autrement ce qui me séduit chez elle?
Mais je serais plus brève aujourd’hui, pas simplement par crainte de répétition, mais aussi parce que le roman dont je viens vous parler, je vous en ai déjà parlé auparavant. Mrs Dalloway, vous vous souvenez? Je viens d’en terminer la lecture, cette fois en VO.

Cette image sans rapport aucun avec le roman
Me paraît pourtant bien résumer la morale (si morale il y a)
Qui se cache dans les pages de Mrs Dalloway

Et c’est amusant les petites différences que l’on perçoit lors du passage d’une langue à l’autre. On se demande presque si telle ou telle façon de dire est typique du caractère dudit pays. Je m’explique, vous emballez pas tout de suite! Je me souviens que Mrs Dalloway en français, pourtant admirablement traduit, m’avait paru un peu monocorde, tout allant au même rythme, pas un moment plus rapide que l’autre. Je ressentais une certaine lenteur, un peu pesante parfois (selon l’humour du jour) mais surtout très sereine, en parfaite application du carpe diem.
Tandis qu’en anglais!… Le rythme change complètement, il y a certes des moments de lenteur un peu oisive, de temps suspendu, mais je me suis prise à redécouvrir d’autres moments plus effrénés ou chorégraphiés. Pour reprendre une des métaphores préférées de Virginia Woolf, cette lecture en VO était semblable à de l’eau, ne fluctuant jamais de la même manière, créant de légères vagues à certains endroits et s’enfuyant plus loin dans un creux de la roche. En comparaison, la lecture française ressemblait plus à l’eau qui s’échappe du robinet, un peu trop égale…

Je sais bien que certains d’entre nous ici sont anglo-déficients (huhu) et qu’en ce cas-là la lecture française a déjà des kyrielles de choses à révéler et à savourer, mais si vous le pouvez, lisez absolument la version originale! Tant de choses se perdent dans le filtre d’une autre langue…
Ca vous paraît dur? Rappelez-vous que qui ne tente rien n’a rien! Des joyaux vous seront dévoilés si vous faites cet effort. En attendant, un beau petit passage pour vous ouvrir l’appétit (j’espère!):

Was everybody dining out then? Doors were being opened here by a footman to let issue a high-stepping old dame, in buckled shoes, with three purple ostrich feathers in her hair. Doors were being opened for ladies wrapped like mummies in shawls with bright flowers on them, ladies with bare heads. And in respectable quarters with stucco pillars through small front gardens, lightly swathed, with combs in their hair (having run up to see the children), women came; men waited for them, with their coats blowing open, and the motor started. Everybody was going out. What with these doors being opened, and the descent and the start, it seemed as if the whole of London were embarking in little boats moored to the bank, tossing on the waters, as if the whole place were floating off in carnival. And Whitehall was skated over, silver beaten as it was, skated over by spiders, and there was a sense of midges round the arc lamps; it was so hot that people stood about talking. And here in Westminster was a retired Judge, presumably, sitting four square at his house door dressed all in white. An Anglo-Indian presumably.

And here a shindy of brawlin women, drunken women; here only a policeman and looming houses, high houses, domed houses, churches, parliaments, and the hoot of a steamer on the river, a hollow misty cry. But it was her street, this, Clarissa’s; cabs were rushing round the corner, like water round the piers of a bridge, drawn together, it seemed to him because they bore people going to her party, Clarissa’s party.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway
Première publication en 1925.

Mardi 4 mai 2010

Clochemerle a connu plusieurs hiatus depuis le début de l’année, un peu comme des vagues de froid s’abattant sur le village. Dans ces moments-là, tout semble endormi, engourdi, mais au coeur des chaumières, tout s’agite et frétille… Ce n’est pas parce que c’est silencieux ici qu’il n’y a rien à dire. Au contraire. Pour preuve, chez le rossignol, il y a au moins 13 livres qui attendent qu’on parle d’eux. Et je ne parle même pas des films…

Il est temps aujourd’hui d’exhumer ces pages et de partager avec vous ces mots qui émeuvent ou laissent un peu indifférent. Commençons avec le plus ancien, celui qui a attendu le plus: Little Women, ou Les Quatre filles du Docteur March, de Louisa May Alcott. Peut-être avez-vous vu l’adaptation télé un noël?

Les livres en VF étaient tous dotés de couverture gnangnan qui ne m’attiraient pas.
Et sachant que c’est un roman à destination des enfants,
je me suis dit qu’en VO ça ne devait pas faire mal aux cheveux…

Alors, de quoi ça parle? Des quatre filles du docteur March, on s’en doute. Elles ont entre 12 et 16 ans et elles ont chacune un caractère bien affirmé, auquel toutes les petites filles peuvent plus ou moins s’identifier. Il y a le garçon manqué écrivain, l’aînée modèle, l’ange de modestie et la petite artiste précieuse. Jo, Meg, Beth et Amy. L’histoire est simple: on suit ces filles dans leur vie quotidienne, auprès de leur mère, tandis que leur père est au front, pendant la guerre de Sécession. Les unes grandissent et deviennent adultes ; les autres apprennent « les bonnes manières ».

J’avais attendu le mois de décembre pour lire ce roman, en partie à cause du film que je ne voyais qu’à Noël. C’est une lecture qui va bien en cette saison-là, pleine de bons mots et de bons sentiments. Il y a de l’humour, de la tristesse, de l’émotion… Comme dans tout bon feuilleton. Et justement je crois que le roman a d’abord été publié dans les journaux, comme beaucoup d’autres ouvrages de l’époque. Agréable à lire, mais je ne dirais pas que c’est inoubliable.
Oh, et mon personnage préféré, c’est Jo l’irrévérencieuse, Jo la garçonne, Jo l’écrivain, Jo qui se fiche de la mode, Jo à la langue bien pendue… Et vous?

Dimanche 18 avril 2010

Le principe est simple et clair : montrer une collection par jour, pendant toute l’année 2010, du 1er janvier au 31 décembre. Cette collection peut être réelle, photographiée, ou imaginaire donc dessinée. Elle peut être éphémère, concerner de petits objets d’apparence insignifiante, ressembler à un herbier.
Tel est le projet de Lisa Congdon avec A collection a day – 2010. 2010, car ce n’est pas la première année de ce projet : elle l’a déjà réalisé en 2009, mais je ne connaissais pas encore.

Lisa Congdon collectionnait, agençait et présentait à tout va depuis son enfance. Ce projet est donc là pour avancer sur cette réflexion (à la limite de l’obsession dit-elle) et pour tenter de documenter ses collections, tant réelles qu’imaginaires. Le résultat est très esthétique et me fait parfois penser aux accumulations interminables mais fascinantes dont Pérec a le secret: des gommes, des fiches de bibliothèque, des coquillages, des feuilles à entête, des brosses à chaussures, des cartes postales, des paniers en osier, etc.

Ce petit plaisir quotidien, j’avais envie de le partager avec vous…

Mercredi 9 décembre 2009

Vous l’avez peut-être remarqué: je suis une grande gamine bizarre, romantique, littéraire, tricoteuse et geek. Un drôle de mélange, j’en conviens. Mais je me soigne! D’ailleurs en 2010, j’arrêterai de vous causer des romans de Jane Austen, le challenge finissant pour moi en mars. Ouf hein ?
Mais par contre, je continue les challenges, c’est sympa comme concepts et ça te fait lire des bouquins qui traînent depuis un moment. Alors voilà, en 2010, j’en commencerai trois!

books

Le premier a un nom évocateur: J’aime les Classiques! C’est un défi lancé par Mariel de chez Carabistouilles. Quelle en est la teneur? Lire un classique (tout bouquin publié de l’Antiquité à 1960) par mois, de décembre 2009 à décembre 2010. Pas trop dur quoi! Et ça me changera des Pancol et autres Lévy qu’on voit partout…
J’en ai un autre en complément: English Classics, proposé par Karine de Mon coin lecture. Il nous incite à lire n’importe quoi écrit par un auteur venant du Royaume-Uni (Angleterre, Écosse, Pays de Galles) ou de l’Irlande avant le 20e siècle – avant 1900 – que ce soit un ancêtre-Harlequin ou un monstre de la littérature…. Faut en lire au moins deux avant décembre 2010. Dans ces conditions-là, comment refuser?
Le dernier, c’est Lire en VO, par la tenancière de Oceanicus in folio. J’ai déjà commencé depuis un moment, notamment avec le challenge Austen, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Pour ce challenge-là, il me faudra lire 6 ou 12 livres ou BD en langue étrangère (anglais, espagnol, tout c’que je veux) avant décembre 2010. Il est cumulable avec les autres challenges auxquels je me suis inscrite, héhé.

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Probablement une de mes prochaines lectures
dans le cadre de ces challenges

J’ai entendu parler d’un défi Woolf, ainsi que d’un défi russe… Alléchants, mais on va déjà commencer avec ces trois-là, histoire de voir jusqu’où je vais!
Bin oui, faut quand même penser à la vie quotidienne, aux études finissantes, au cher et tendre… Y a pas que les livres dans la vie, à ce qu’on m’a dit.

Vendredi 6 novembre 2009

Dans les arcanes de ce blog se blottissent des dizaines (non, j’exagère pas) d’articles qui guettent désespérément mon passage pour me lancer des yeux mouillés de biche effarée, histoire de m’apitoyer et de me pousser à m’occuper de leur cas. Triste histoire, hein? Aujourd’hui, j’ai donc fait ma généreuse et sorti Emma de cette foule gémissante où elle se languissait depuis des semaines.
Mais attention! Je veux bien faire ma bonne samaritaine, mais je ne vais pas aller jusqu’à pondre un long article digne d’une ex-étudiante en lettres, faut pas pousser. Cet article sera donc plutôt court par rapport à ce que j’ai l’habitude de faire, vous pouvez souffler!

Alors, je vous présente Emma, née de la plume de Jane Austen. C’est une jeune fille aristocrate qui a le malheur d’être affublée d’un père sénile et d’une mère défunte depuis longtemps. Elle ne désire pas se marier, ce qui est avant-gardiste pour l’époque, parce qu’elle a tout: fortune, respectabilité, pouvoir dans sa maison. Logique, que peut-il lui manquer? Mais, dans cette jouissance bénie, elle s’ennuie. Elle s’amuse donc à chercher un époux pour ses amies, en commençant par son ancienne gouvernante. Mais elle n’imagine pas tout le bazar qu’elle va provoquer avec ses naïves manipulations, malgré les réprimandes de son vieil ami Knightley…

-emma-jane-austen

J’avais pris cette version-là à cause de la couleur de la couverture, eh eh

Ca faisait longtemps que ce livre traînait dans ma PAL (Pile A Lire), alors même que j’avais fini tous les autres romans principaux de Jane Austen (y en a 6 en tout). Je le lisais pour l’abandonner aussitôt… Heureusement que l’adaptation IVT et le discours passionné d’une copine m’ont redonné un coup de fouet, sinon il repassait aux oubliettes, challenge ou pas!
En fait, on suit Emma dans sa vie quotidienne, dans ses discussions avec son entourage, mais aussi dans ses méditations et ses rêveries. Or c’est là que ça péchait pour moi: ses pensées m’insupportaient! Mais en cela, miss Jane a réalisé un tour de force psychologique (si vous me permettez cet anachronisme, héhé). Bah oui, une fille qui s’est élevée toute seule depuis longtemps, avec un père-pépé hypocondriaque qui l’adore sans lucidité, y a de quoi… Du coup, elle est un peu trop sûre d’elle-même et de sa droiture alors qu’en fait, on repassera.

Bref, l’ouvrage est lent, le ton est parfois agaçant, mais l’ensemble est finement travaillé et je comprends que ce soit un des romans préférés de Jane Austen. On a là une véritable étude de société, avec un peu tous les rangs sociaux du village, entre l’aristocrate Emma Woodhouse et ses pairs, la jeune fille de bonne société déchue Jane Fairfax, la future maîtresse « fille naturelle de quelqu’un » Harriet Smith, le gentleman farmer Robert Martin, le prêtre célibataire Mr Elton et j’en passe… On voit un peu tous les caractères, avec de belles caricatures: j’adore Miss Bates, Mr Woodhouse et Mrs Elton, bien farfelus! On découvre en plus les occupations des dames en ces temps-là: musique, dessin, jeux de mots, etc.
Je crois que je relirai le roman en édition Oxford University Press (si j’en trouve un à la bibli) pour profiter de tous les éclaircissement fournis par les notes de bas de page et, je l’espère, mieux apprécier ce roman-là. Il le mérite, je le sens bien…

Mais laissons donc Mr Woodhouse avoir le mot de la fin:

‘But you should tell them of the letter, my dear,’ said her father. ‘He wrote a letter to poor Mrs Weston, to congratulate her, and a very proper, handsome letter it was. She shewed it to me. I thought it very well done of him indeed. Whether it was his own idea, you know, one cannot tell. He is but young, and his uncle, perhaps ——’

‘My dear papa, he is three-and-twenty. — You forget how time passes.’

‘Three-and-twenty! — is he, indeed? — Well, I could not have thought it — and he was but two years old when he lost his poor mother! Well, time does fly, indeed! — and my memory is very bad. However, it was an exceedingly good, pretty letter, and gave Mr and Mrs Weston a great deal of pleasure. I remember it was written from Weymouth, and dated Sept. 28th — and began « My dear Madam, » but I forgot how it went on; and it was signed « F.C. Weston Churchill. » — I remember that perfectly.’

Jane Austen, Emma
Publié pour la première fois en décembre 1815

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