Autant vous prévenir tout de suite: je vais encore un peu vous causer de ma mère. J’y peux rien si en ce moment mes lectures sont souvent liées aux siennes. En l’occurrence, à son anniversaire elle a eu un livre que j’avais suggéré, connaissant son goût pour les romans épistolaires. Je parle de 84 Charing Cross Road, par Helene Hanff. Je ne l’ai jamais lu, mais j’ai eu du bol: elle a adoré! Et mon père aussi d’ailleurs. Du coup, je le lirai à mon prochain passage au nid… C’est pas que je m’en plaigne, vous savez!
L’autre jour donc, en cherchant un livre pour mes études, j’ai vu sur les tables un autre livre de cette dame. Et que croyez-vous que j’ai fait? Ben, je l’ai pris! Et je l’ai dévoré dans la foulée. Et je l’ai ensuite envoyé à mes parents. Il faut bien les nourrir…

La duchesse de Bloomsbury Street est, en quelque sorte, une suite au roman dont j’ai parlé plus tôt. En 1971, Helene Hanff a pris les premières vacances de sa vie: elle est partie en Angleterre pendant 1 mois à l’occasion de la sortie de son livre, 84 Charing Cross Road. Vous pensez bien qu’elle se sentait plus de joie, elle qui était anglophile et bibliomane! On lui a conseillé de tenir un journal, pour se souvenir de tout cela… Ce qu’elle a fait, avec bagout!
Dans ce journal, on ne rencontre pas les mêmes personnages que dans 84: c’est suite à la mort de l’interlocuteur principal d’Helene Hanff que ce livre a été publié et que le voyage à Londres a été organisé. Elle rencontre cependant sa veuve, des amis américains et des fans parfois assez peu orthodoxes: ils sont anglicans, c’est normal.
Ca ne m’a pas fait tordre de rire, ça n’a pas été écrit pour. Mais ça m’a amusée, intéressé, fait sourire, donné envie… Eh oui, moi aussi je suis bibliophile et anglomane (ou est-ce l’inverse?): les éplucheurs de patate m’ont donné envie d’aller à Guernesey (quand je pense qu’il y a quelques années, avec une de mes amies, on a essayé deux fois de se planifier un voyage là-bas… sans succès!) ; la duchesse, elle, me redonne envie de voir Londres, et ce pendant plus d’une semaine… En plus, je trouve plein de bonnes adresses sur Londres depuis l’an passé! Et puis je voudrais visiter l’Ecosse et l’Irlande et retourner à Barcelone (pas de rapport, non)…
Mais bref, passons, là n’est pas le sujet. Lisez-le, c’est pas si long et c’est bien sympa!
C’était:
Première publication en anglais en 1973
Il y a quelques semaines, ma mère (oui, encore elle!) avait emprunté le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates à la bibliothèque. Après l’avoir lu, elle m’en a un peu causé. Au vu de ma réaction, elle me l’a gardé au chaud: ça tombait bien, j’arrivais quelques jours plus tard! Elle n’a pas eu d’amende par ma faute, ouf.
Bref, sitôt arrivée, des épluchures de patates au menu! (bon d’abord j’ai mangé chinois)(non, pas de rapport)
Je ne l’avais pas lu plus tôt, légèrement refroidie par les avis divergents: soit on adorait, soit on détestait, semblait-il. Et je n’aime pas trop détester les livres, alors ça m’a un peu inquiétée… Mais ce n’était pas la peine d’en faire tant de cas. C’est un bon livre, agréable et plein d’humour mais aussi de gravité. Bien sûr, certaines cordes sont un peu trop visibles, surtout à la fin, mais l’ensemble est bien attachant!
Charles Lamb m’a fait rire pendant l’Occupation, surtout son passage sur le cochon rôti. Le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey est né à cause d’un cochon rôti que nous avons dû cacher aux soldats allemands – raison pour laquelle je me sens une affinité particulière avec Mr. Lamb.
Mais ça parle de quoi? Du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Guernesey, bien sûr, mais aussi d’une femme écrivain qui commence à être reconnue en Angleterre pour ses chroniques de la vie londonienne sous les bombes, de ses amis, de la vie à Londres après la seconde Guerre mondiale, mais surtout de la vie sur l’île de Guernesey pendant ladite guerre. Et tout cela est raconté sous forme de lettres des uns aux autres. On finit par les découvrir petit à petit, à apprécier ou détester certains personnages, à s’émouvoir sur leurs vécus…
je vous ai déjà donné un extrait très court plus haut, en voici un autre pour finir de vous allécher:
Merci d’avoir suivi la trace de Markham V. Reynolds Jr. Jusqu’ici, ses flatteries sont exclusivement florales, et je vous demeure fidèle à toi et à l’Empire. Néanmoins, j’éprouve de la compassion pour ta secrétaire. Je ne suis pas certaine que mes scrupules sauraient résister à la vue de chaussures cousues main. J’espère qu’il lui a envoyé des roses pour sa peine. Si je le rencontre un jour, je prendrai soin de ne pas regarder ses pieds, ou je m’attacherai à un mât avant d’y jeter un petit coup d’oeil, comme Ulysse.
Sois béni de m’avoir demandé de rentrer. Je suis impatiente d’en apprendre davantage sur la proposition du Times. Peux-tu me jurer sur la tête de Sophie qu’il ne s’agit pas d’un sujet frivole? Ils ne vont pas me demander d’écrire la louange de la duchesse de Windsor, dis?Affectueusement,
Juliet
C’était:
publié pour la première fois en 2008.
On va un peu lâcher les Jane Austen avant que ça ne devienne complètement pathologique pour parler de deux ou trois autres bouquins. Celui du jour, c’est d’une écrivaine dont j’ai déjà beaucoup parlé ici (et pourtant y a pas de challenge à relever): Virginia Woolf.
Si j’ai du mal à comprendre ses romans et parfois à les aimer (j’ai encore en tête l’échec des Vagues…), s’il me faut me concentrer pour suivre le fil de sa pensée toujours en mouvement, ce n’est pas le cas de ses livres sur la lecture, l’écriture ou le féminisme. J’ai dévoré et adoré Une chambre à soi et Trois guinées ; il était donc attendu que L’art du roman soit au menu…

Là encore, c’est un recueil d’articles et de conférences réalisés par M’dame Woolf. En vrac, on peut lire ses méditations sur « ce qui frappe un contemporain », « le roman moderne », « les femmes et le roman », « comment lire un livre » et d’autres encore. Pas d’ordre, si ce n’est celui qu’on veut! Ces articles, ces conférences, sont autant de perles à enfiler l’une après l’autre.
Chacune de ces perles est l’occasion d’une rencontre avec elle. Elle s’adresse à nous lecteur, comme en tête à tête, pour nous faire partager sa passion de la lecture, ses impressions de tel ou tel roman, mais aussi de la littérature de son temps. Ses outils? Les livres qu’elle lit, les auteurs qu’elle aime, ainsi que de jolies métaphores, un grain d’humour, un zeste d’érudition et parfois des interrogations personnelles sur la traduction ou la place des femmes écrivains.
Pour la route, je vous offre deux extraits. Le premier à propos du choix du roman par les femmes écrivains, et le second à propos de l’inspiration du poète en 1931. Enjoy…
Le roman était, comme il l’est toujours, ce qu’il y avait de plus facile à écrire pour une femme. Et il n’est pas difficile d’en trouver la raison. Le roman est la forme d’art qui exige le moins de concentration. Un roman peut être pris ou laissé plus aisément qu’une pièce de théâtre ou un poème. George Eliot abandonnait son travail pour soigner son père. Charlotte Brontë posait sa plume pour enlever les yeux des pommes de terre. D’autre part, vivant dans la salle commune, entourée de gens, une femme était exercée à l’observation et à l’analyse des caractères. Elle était préparée à être une romancière, non un poète.
— Les femmes et le roman
Bien que vous soyez seul, bien que vous ayez enlevé un soulier et vous apprêtiez à délacer l’autre, vous ne pouvez pas continuer à vous déshabiller, il vous faut immédiatement écrire, à l’incitation de la danse. Vous saisissez plume et papier, vous prenez à peine le soin de bien tenir l’une et de mettre l’autre droit. Et tandis que vous écrivez, tandis que vous captez les premières mesures de la danse, je me retire un peu et je regarde par la fenêtre. Une femme passe, puis un homme ; une auto freine et puis… mais il n’est pas besoin de dire ce que je vois par la fenêtre, et d’ailleurs je n’en ai pas le temps car je suis soudain tirée de mon poste d’observation par un cri de rage ou de désespoir. Votre feuille est roulée en boule, votre plume se tient toute droite par la pointe sur le tapis. S’il y avait un chat à lancer ou une épouse à tuer, ce serait le moment. C’est du moins ce que j’induis de la férocité de votre expressions. Vous êtes bouleversé, écorché, complètement furieux. Et s’il me faut en deviner la raison, je dirai que le rythme qui battait en vous avec une force qui vous faisait vibrer de la tête aux talons a rencontré quelque objet dur et hostile sur lequel il s’est brisé en morceaux. Quelque chose s’y est introduit qui ne peut pas être réduit en poésie ; [...]
— Lettre à un jeune poète
C’était:
Articles publiés pour la première fois entre 1910 et 1940
Recueil publié en français pour la première fois en 1979.
Il reste plus que trois ou quatre mois avant la fin du challenge Jane Austen et donc la fin de mon obsession dangereuse (du moins dangereuse du point de vue du cher et tendre). J’ai lu ou relu tous ses romans majeurs (même si je les ai pas encore tous commenté, hum), lu une biographie très sympa dont je parlerai bientôt et vu des adaptations diverses; il ne me restait donc plus que les romans mineurs ou inachevés. Là dedans, il y a les Juvenilia, ces travaux de jeunesse que j’ai lu y a longtemps, Lady Susan que j’ai déjà critiqué, et enfin Sanditon et Les Watson.
Les Watson, c’est un roman que Miss Jane a commencé à nous pondre pendant ses années de vie à Bath, cette ville d’eaux branchée qu’elle détestait. On nous y cause d’Emma Watson qui revient dans sa famille après avoir été éduquée pendant dix ans par sa tante. Elle ne les connait plus, et pourtant ces trois soeurs hautes en couleur et célibataires, ce frère près de ses sous et ce père malade, c’est sa famille. Elle doit donc se remettre dans le moule, malgré son éducation plus raffinée. On la suit dans sa découverte de ce village et de ce milieu qui lui sont peu familiers.
Je pense qu’on peut deviner assez aisément ce qu’aurait pu devenir ce roman si Jane Austen avait jugé bon de le terminer, surtout en le comparant avec ses six romans majeurs. En effet, on a tous les éléments qui marchent: une jeune fille exilée, orpheline et pauvre, mais quasi parfaite (quasi seulement hein) avec une famille difficile et un entourage éclectique composé de gens respectables, de pestes, de séducteurs etc. Un bon mélange de Mansfield Park et d’Emma qui naîtront bien plus tard!
Mais j’ai mis du temps à entrer dans l’histoire et je crois que c’est à cause de la traduction qui m’a semblé un peu plate. Je pense que ça aurait pourtant pu devenir quelque chose de bien sympa: la scène du bal qui occupe la majeure partie de ce morceau est originale et j’ai beaucoup aimé sa description des événements de la nuitée! Snif donc, on n’en saura pas la suite…
C’était:
Rédigé dans les années 1800-1810 et publié après le décès de l’auteure
Ces dernières semaines, j’ai délaissé un tantinet le tricot pour vider ma PAL (Pile A Lire) qui était jusque là bien négligée. Du coup j’ai pas mal de retard dans mes critiques de bouquins ici (en plus, j’en avais déjà un paquet à commenter – ahem). La guerre aux critiques est donc déclarée: préparez-vous à une attaque en règle… Mais comme toutes les attaques, les assauts seront nombreux, mais brefs!

Le premier bouquin que je vous balance en travers de la tronche, vous venez d’en voir la couverture. C’est Variété Andromède, un roman assez spécial de Michael Crichton.
L’histoire, la voici: dans les années 60, un satellite est tombé dans le désert de l’Arizona, près de la petite bourgade de Piedmont qui héberge 48 âmes. Une équipe scientifique chargée de la gestion des satellites vient le récupérer discrètement. Elle meurt d’un mal inconnu, comme tous les habitants du village. Tous? Non, il y a deux survivants: un vieil homme et un bébé de deux mois. Quatre savants blottis dans un bunker vont tenter de trouver quel organisme ou bactérieuse extraterrestre est à l’origine de ce drame. Ils n’ont que peu de temps, cette « variété Andromède » pourrait décimer la planète…
Sirtin me conseillait ce bouquin et je lui ai obéi docilement. Ce que je retire de cette lecture, c’est qu’il est fan de science-fiction (mais je le savais déjà et vous aussi avec son dernier article sur Saturne), de science (logique pour un scientifique) et de thriller (ça j’aime bien aussi).
Mais y a pas que ça! C’était un roman assez original dans le sens où les extra-terrestres ne sont pas des p’tits mecs en combi verte, mais des micro-organismes quasi imperceptibles. L’intrigue se développe doucement mais sûrement, finissant pas vous prendre aux tripes, même si on se doute plus ou moins de la fin. Un des tours de force de Mike Crichton, c’est de nous faire vraiment croire à l’histoire (je me suis même demandé de quel fait divers il s’était inspiré, si on pouvait trouver des brochures sur l’affaire) tant par son style que par l’intégration d’éléments technologiques existants dont il donne quelques exemples graphiques. Par exemple, on peut lire des communications par ordinateur tel que ça se faisait à l’époque, on peut aussi avoir des explications scientifiques à l’aide de graphes (auxquels je ne comprenais rien mais qui se tiennent d’après Sirtin).
J’ai aimé, mais pas adoré, et je crois que c’est en partie à cause des analyses scientifiques qui complètent l’atmosphère du livre mais le rendent également abscons par endroits… Pour moi, ça a donc été une découverte sympa et plutôt farfelue (j’aime bien le robot médecin), mais pas inoubliable. Peut-être que pour vous, ce sera différent?











